Voici les froides nuits aux creux de la tranchée, Gaston de Ruyter
Poèmes

Voici les froides nuits aux creux de la tranchée

par Gaston de Ruyter

Voici les froides nuits aux creux de la tranchée
Et les longues factions, nerfs crispés, l’œil au guet ;
Et voici les retours, sans glaive et sans trophées,
Des soldats harassés, farouches et muets.

Voici les mois perdus déroulant, monotones,
La plainte quotidienne aux matins sans soleil ;
Voici l’église nue où les cloches ne sonnent
Que pour l’annonce encor d’un éternel sommeil.

Voici l’âpre contrée où l’enfer et le feu
Font, d’un gamin d’hier, la carcasse d’un homme ;
Et voici les corbeaux se disputant, furieux,
Cette carcasse encor jusqu’en son dernier somme !

Mon cœur, pourquoi pleurer l’envol des clairs matins
Et les baisers ardents, et les chaudes caresses,
Et l’extase infinie où des mains dans mes mains
Attendaient le réveil tremblant de ma tendresse ?

N’es-tu pas satisfait, soldat, de tant d’orgueil
Et de force brutale aux chants fiers de ta haine ?
Regarde, sous tes pieds, s’entrouvrir le cercueil
Et consume ta force à libérer tes chaînes !

Tranchées de Dixmunde, le 2 octobre 1917



Poème publié et mis à jour le: 13 aot 2019

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