Une Grande Dame, Paul Verlaine
Poèmes

Une Grande Dame

par Paul Verlaine

Paul Verlaine

Belle « à damner les saints », à troubler sous l'aumusse '
Un vieux juge !
Elle marche impérialement.
Elle parle — et ses dents font un miroitement —
Italien, avec un léger accent russe.

Ses yeux froids où l'émail sertit le bleu de
Prusse
Ont l'éclat insolent et dur du diamant.
Pour la splendeur du sein, pour le rayonnement
De la peau, nulle reine ou courtisane, fût-ce

Cléopâtre la lynce ou la chatte
Ninon,

N'égale sa beauté patricienne, non !

Vois, ô bon
Buridan : «
C'est une grande dame ! »

Il faut — pas de milieu ! — l'adorer à genoux,

Plat, n'ayant d'astre aux cieux que ses lourds cheveux roux,

Ou bien lui cravacher la face, à cette femme !



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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