Trop Tard, René-François Sully Prudhomme
Poèmes

Trop Tard

par René-François Sully Prudhomme

René-François Sully Prudhomme

Sonnet.

Nature, accomplis-tu tes œuvres au hasard,
Sans raisonnable loi ni prévoyant génie ?
Ou bien m'as-tu donné par cruelle ironie
Des lèvres et des mains, l'ouïe et le regard ?

Il est tant de saveurs dont je n'ai point ma part,
Tant de fruits à cueillir que le sort me dénie !
Il voyage vers moi tant de flots d'harmonie,
Tant de rayons qui tous m'arriveront trop tard !

Et si je meurs sans voir mon idole inconnue,
Si sa lointaine voix ne m'est point parvenue,
À quoi m'auront servi mon oreille et mes yeux ?

À quoi m'aura servi ma main hors de la sienne ?
Mes lèvres et mon cœur, sans qu'elle m'appartienne ?
Pourquoi vivre à demi quand le néant vaut mieux ?

Extrait de: 
Les vaines tendresses (1875)



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

Lettre d'Informations

Abonnez-vous à notre lettre d'information mensuelle pour être tenu au courant de l'actualité de Poemes.co chaque début de mois.

Nous Suivre sur

Retour au Top