Poèmes

Sonnet 82

par Pierre de Ronsard

Le vintieme d'Avril couché sur l'herbelette,

Je vy, ce me sembloit, en dormant un chevreuil,
Qui ça, puis là, marchoit où le menoit son vueil,
Foulant les belles fleurs de mainte gambelette.

Une corne et une autre encore nouvellette

Enfloit son petit front, petit, mais plein d'orgueil
Comme un
Soleil luisoit par les prêts son bel œil,
Et un carcan pendoit sus sa gorge douillette.

Si tost que je le vy, je voulu courre après,
Et lui qui m'avisa print sa course es forés,
Où se moquant de moi, ne me voulut attendre.

Mais en suivant son trac, je ne m'avisay pas
D'un piège entre les fleurs, qui me lia mes pas,
Et voulant prendre autry moimesme me fis prendre.



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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