Poèmes

Retour a Paris

par Jules Supervielle

Jules Supervielle

Je voudrais vivre de mes souvenirs à petites bouffées et que ne seraient-ils la rente fumeuse de mes voyages.
Mais ils veulent que je m'occupe d'eux tous en même temps.

Heureux celui qui dit :
Entrez! et ne voit s'avancer qu'un seul souvenir très déférent.
Voici des images de tous les formats, retour de voyage, des tiroirs qui n'entrent pas tous dans les vides de mes

vieilles commodes, un bois de cèdres au naturel,

des troupeaux de moutons coulant comme des fleuves, des cataractes effroyables qui semblent tomber de

l'au-delà, et une pampa près de quoi la véritable n'est qu'un bout de terrain vague des environs de

Paris.

Comme je serais heureux d'envoyer le tout chez

l'encadreur, et qu'il n'en soit plus question!
Mais peut-être m'habituerai-je à ces choses de toute

les tailles que je porte en moi et autour de moi

et finirai-je par montrer l'embonpoint moral

de la marchande de l'avenue du
Bois

qui a de grands et de petits cerceaux

et du réconfort pour tous les âges!

Voici venir des charpentiers,

des égorgeurs,

des sages-femmes.

Entrez, mes chers metteurs en ordre,

je ne vous demande qu'une grâce,

ne touchez pas à ce que j'appellerai mon âme,

accessoire trop délicat pour vos grosses mains

ouvrières, ni à mon casque des colonies qui me fut donné par une famille d'indigènes un dimanche, sous l'équateur, ne touchez pas à ces choses

je vais repartir.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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