Pensée des Morts, Alphonse de Lamartine
Poèmes

Pensée des Morts

par Alphonse de Lamartine

Alphonse de Lamartine

Voilà les feuilles sans sève
Qui tombent sur le gazon ;
Voilà le vent qui s'élève
Et gémit dans le vallon ;
Voilà l'errante hirondelle
Qui rase du bout de l'aile
L'eau dormante des marais;
Voilà l'enfant des chaumières
Qui glane sur les bruyères
Le bois tombé des forêts...

...
C'est la saison où tout tombe
Aux coups redoublés des vents;
Un vent qui vient de la tombe
Moissonne aussi les vivants :
Ils tombent alors par mille,
Comme la plume inutile
Que l'aigle abandonne aux airs,
Lorsque des plumes nouvelles
Viennent réchauffer ses ailes
A l'approche des hivers.

C'est alors que ma paupière

Vous vit pâlir et mourir,

Tendres fruits qu'à la lumière

Dieu n'a pas laissés mûrir!

Quoique jeune sur la terre,

Je suis déjà solitaire

Parmi ceux de ma saison;

Et quand je dis en moi-même :

«
Où sont ceux que ton cœur aime? »

Je regarde le gazon.

Leur tombe est sur la colline,
Mon pied la sait; la voilà!
Mais leur essence divine,
Mais eux,
Seigneur, sont-ils là?
Jusqu'à l'indien rivage
Le ramier porte un message
Qu'il rapporte à nos climats;
La voile passe et repasse;
Mais de son étroit espace
Leur âme ne revient pas.



Poème publié et mis à jour le: 13 novembre 2012

Lettre d'Informations

Abonnez-vous à notre lettre d'information mensuelle pour être tenu au courant de l'actualité de Poemes.co chaque début de mois.

Nous Suivre sur

Retour au Top