Poèmes

Les Séparés

par Marceline Desbordes-Valmore

Marceline Desbordes-Valmore

N'écris pas.
Je suis triste, et je voudrais m'éteindre.
Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau.
J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre,
Et frapper à mon cœur, c'est frapper au tombeau.
N'écris pas !

N'écris pas.
N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu'à
Dieu... qu'à toi, si je t'aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
N'écris pas !

N'écris pas.
Je te crains ; j'ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent-Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N'écris pas !

N'écris pas ces doux mots que je n'ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon cœur ;
Que je les vois brûler à travers ton sourire ;
Il semble qu'un baiser les empreint sur mon cœur.
N'écris pas !



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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