Poèmes

Les Renards

par Paul Verlaine

Paul Verlaine

C'est la guerre mathématique
Dans l'horreur, toute neuve encor.
De son impeccable tactique : —
Pas de prestige ; aucun décor ;

Des malices d'anthropophages
Et la raie au milieu du front :
Ils feront des actes sauvages.
Puis bien haut s'en affligeront.

Lymphatiques incendiaires.
C'est des larmes plein leurs yeux bleus
Qu'ils rasent des villes entières
Pour un coup de feu derrière eux ;

De plus, aussi rusés qu'alertes.
Ces idylliques
Allemands
Savent dissimuler leurs pertes
Par de prestes enterrements.

Constatons, enfin, puisque, en somme,
L'humilité sied aux vaincus.
Leur supériorité comme
Fins espions.
De vrais
Argus !

C'est vrai, cela tient du miracle.
Et vraiment ces caporaux blonds
Semblent ignorer tout obstacle,
Guzmans modernes aux pieds longs.

Et la
France, la pauvre
France
Devrait bannir de son grand cœur
Martyrisé toute espérance.
Si le destin n'était moqueur ;

Si dans cette lutte morose
Dont certes nous ne pouvons mais.
Nous n'avions avec nous la cause
La plus sainte qui fut jamais ;

Si quand, nos armes bien fourbies.
Nos canons prêts — et les voilà ! —
Forts de nos haines assouvies,
Nous ne leur disions : «
Halte-là ! »

Si, saisissant d'une main ferme
Fusils, revolvers et poignards.
Nous n'allions tantôt mettre un terme
A cette guerre de renards !



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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