Poèmes

Les Femmes

par Guillaume Apollinaire

Guillaume Apollinaire

Dans la maison du vigneron les femmes cousent
Lenchen remplis le poêle et mets l'eau du café
Dessus —
Le chat s'étire après s'être chauffé


Gertrude et son voisin
Martin enfin s'épousent

Le rossignol aveugle essaya de chanter
Mais l'effraie ululant il trembla dans sa cage
Ce cyprès) là-bas a l'air du pape en voyage
Sous la neige —
Le facteur vient de s'arrêter

Pour causer avec le nouveau maître d'école


Cet hiver est très froid le vin sera très bon


Le sacristain sourd et boiteux est moribond


La fille du vieux bourgmestre brodejtne étole

Pour la fête du curé
La forêt là-bas
Grâce au vent chantait à voix grave de grand orgue
Le songe
Herr
Traum survint avec sa sœur
Frau
Sorge
Kaethi tu n'as pas bien raccommodé ces bas


Apporte le café le beurre et les tartines
La marmelade le saindoux un pot de lait


Encore un peu de café
Lenchen s'il te plaît


On dirait que le vent dit des phrases latines


Encore un peu de café
Lenchen s'il te plaît


Lotte es-tu triste 0 petit cœur —
Je crois qu'elle aime


Dieu garde —
Pour ma part je n'aime que moi-même


Chut
A présent grand-mire dit son chapelet


Il me faut du sucre candi
Lenije tousse


Pierre mène son furet chasser les lapins

Le vent faisait danser en rond tous les sapins
Lotte l'amour rend triste —
Use la vie est douce

La nuit tombait
Les vignobles aux ceps tordus
Devenaient dans l'obscurité des ossuaires
En neige et repliés gisaient là des suaires
Et des chiens aboyaient aux passants morfondus

Il est mort écoute^
La cloche de l'église
Sonnait tout doucement la mort du sacristain
Lise il faut attiser le poêle qui s'éteint
Les femmes se signaient dans la nuit indécise



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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