Le Temps Va a la Mort, Pierre de Ronsard
Poèmes

Le Temps Va a la Mort

par Pierre de Ronsard

...
Jamais un seul plaisir, en vivant, nous n'avons.
Quand nous sommes enfants, débiles, nous vivons
Marchant à quatre pieds, et quand le second âge
Nous vient encotonner de barbe le visage,
Lors la mer des ennuis se déborde sur nous,
Qui de notre raison démanche à tous les coups
Le gouvernail, vaincu de l'onde renversée,
En diverses façons troublant notre pensée.
L'un veut suivre la guerre, et tenir ne s'y peut,
L'autre la marchandise, et tout soudain il veut
Devenir marinier, puis après se veut faire
De quelque autre métier au marinier contraire.
Cestui-ci veut l'honneur, cestui-là le savoir,
Cestui aime les champs, cestui-là se fait voir
Le premier au
Palais, et sue à toute peine
Pour avoir la faveur du peuple, qui est vaine.
Mais ils ont beau courir, car
Vieillesse les suit,
Laquelle, en moins d'un jour, envieuse, détruit
La jeunesse, et contraint que leur vigueur s'en aille
Se consommant en l'air ainsi qu'un feu de paille,
Et n'apparaissent plus cela qu'ils ont été,
Non plus qu'une fleurette après le chaud été.

Adonc la
Mort s'assied dessus leur blanche tête,

Qui demande sa dette et la veut avoir prête,

Ou bien si, quelques jours, pour leur faire plaisir,

Les souffre dans le lit languir à tout loisir,

Si est-ce que soudain, après l'usure grande

D'yeux, de bras ou de pieds, sa dette redemande

Et veut avec l'usure avoir le principal :

Ainsi, pour vivre trop, leur vient mal dessus mal...



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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