Le Reve, Alfred de Vigny
Poèmes

Le Reve

par Alfred de Vigny

Alfred de Vigny

Ton rêve, heureux enfant, n'est pas un vain mensonge;

L'imagination n'est pas encore en toi;

Elle tient de la terre, au lieu que ton beau songe

N'est qu'un moment d'absence où
Dieu t'appelle à soi.

Les anges sont venus près de ta jeune oreille

Et t'ont dit : «
Oh ! pourquoi nous as-tu donc laissés ?

A notre éternité la tienne était pareille,

Tes yeux vers les mortels ne s'étaient point baissés.

<•
Tu touchais avec nous la harpe parfumée,

Et l'or de la cymbale et le sistre argentin;

Tu flottais avec nous dans la sainte fumée

Qui tourne autour des feux de l'éternel matin.

«
Tu soutenais le bras de la céleste
Vierge

Lorsque l'enfant de
Dieu l'accablait de son poids,

Ou bien tu te mêlais à la flamme d'un cierge

Devant l'Agneau sans tache et le livre des
Lois.

«
Au char d'Emmanuel tes ailes attelées

Guidaient la roue ardente et son essieu vivant;

Et, pour nourrir le feu des lampes étoilées,

Aux voûtes de cristal on t'envoyait souvent.

«
Des tabernacles d'or les secrètes enceintes
Etaient les lieux cachés choisis pour ton repos;
Tu te posais aussi sur les genoux des saintes,
Ecoutant leur cantique et leurs pieux propos.

«
Tu seras bien longtemps sans revoir nos merveilles.

Ange ami, tes instants seront tous agités.

Tu pleures à présent sitôt que tu t'éveilles...

Depuis vingt jours, pourquoi nous as-tu donc quittés ? »

Ainsi, pour t'éloigner d'une vie éphémère,
Les anges t'ont parlé, discours plaintif et doux.
Tu leur as répondu : «
Vous n'avez pas de mère!... »
Et tous ont vu la tienne avec des yeux jaloux.



Poème publié et mis à jour le: 12 juillet 2017

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