Le Mariage de Rutebeuf, Rutebeuf
Poèmes

Le Mariage de Rutebeuf

par Rutebeuf

Même le sot me traite de sot.

Maintenant, n'ayant plus de trame, je n'ai plus qu'à filer,

et j'ai fort à faire.
Dieu n'a pas créé d'âme si insensible qui, à considérer mon martyre, n'oublie que je lui ai causé du tort

et du tourment, et n'accepte de dire sans arrière-pensée :

«
J'oublie tout. »
Car envoyer un homme en
Egypte est un châtiment moins rude que celui que je subis.
Rien que d'y penser, je ne puis m'empêcher de trembler.
On dit qu'un fou qui ne commet pas de folies

perd son temps : me suis-je marié sans raison ?
En tout cas, je n'ai plus ni masure ni maison,

mais voilà encore mieux : pour combler de joie

les gens qui me haïssent à mort,

j'ai épousé une femme que je suis seul capable d'aimer et d'apprécier, et qui était pauvre et misérable

quand je l'ai épousée.

Quel beau mariage,

car je suis maintenant aussi pauvre et misérable qu'elle !

Elle n'est même pas avenante ni belle,

elle a cinquante ans sur les épaules,

elle est maigre et sèche : je n'ai pas peur qu'elle me trompe
Depuis que
Marie dans la crèche

mit
Dieu au monde, on ne vit un tel ménage.



Poème publié et mis à jour le: 16 novembre 2012

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