Le Jardin de Pierres, Lorand Gaspar
Poèmes

Le Jardin de Pierres

par Lorand Gaspar

Nous vivions dans la fraîcheur d'aller porteurs d'images au jardin de pierres le vaste empire répandu, éventé.
Ce qui reste au large d'années souffles bleuis, violences calcaires énorme pays de vies muettes craquements verts dans les doigts de craie peu à peu nous apprîmes à
écouter quelque part la chute du jasmin —

toutes ces nuits dans les pierres

tu dors les yeux les poumons trempes

de bruits d'un vent à jamais.

La crue limpide d'une fugue des corps

adossée aux heures qui harcèlent le lit

du campement hâtif dans la lumière —

taire les noms avec assez de joie pour que les lignes de force se montrent dans les blancs.
Vois si tu peux sentir l'artère de tant de pesanteur —

Il y eut des nuits d'acier froissable serties de gestes courbés dans le feu poids des sables et peines oubliées.
Lucarne patiente dans l'épaisseur de l'ombrt à chaque aube dans le granit du cœur tu rapprends à bouger la lumière —

Ce bruit de mots

que tu es venu sécher

sur ces pistes où le vent

se prépare avec les soins la minutie

d'un entomologiste penché sur les coléoptères

ce que j'aimais par-dessus tout clarté d'herbes du bonheur fragile c'était en somme l'invention de la tige poussée téméraire, vulnérable occupée seulement
à croître.

Que dans une très douce syllabe je puisse diluer toute violence et tout or ce pur froment de moi-même tu.
L'effritement est à mes doigts —

Je te sens comme une flexion dans ma voix où les poudres du soir viennent se poser.
La traversée sera longue disait l'ange dans l'épaisseur de la pierre

qu'il ne reste plus que l'œil indivis de nos poids.
Nous revenions toujours plus lourds à la terre troués d'espace cloués de lumière les mains apaisées dans la chute —

tes bras tombent

en forêt basse violacée

tes yeux tombent

et les écailles de la voix

et je m'écoute mille siècles plus loin

recomposé son après son.

Je tiens ma vie un morceau de pain très fort les cent grammes du prisonnier de guerre et souvent j'ai si faim qu'à peine il en reste et les choses se colorent de peurs merveilleuses

Nuit encore.

Rafale de fenêtres dans les corps

abrupts et muets.

La flamme peinte du jour volubile

ses fards posés sur l'icône de chair

et chaque degré du soir à comprendre

la mémoire périmée jusqu'où nous dilaterons-nous ?

Cette plénitude presque et la déchirure des phares les eaux du dedans se cognent aux vitres immobile j'écoute m'écouter quelque part une faim intarissable de naître



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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