Poèmes

Le Bonheur

par Abdelkrim Tabbal

Comme nous avons ri, les jours passés

et nous continuons à rire, nous rions

Nous ne savons pas comment nous allons pleurer

comment pourraient être des funérailles

dans ce pays en larmes

Nous rions, rions

Nous marchons dans la rue

et voilà que la rue est un cercueil

Nous contemplons les arbres arrêtés dans la rue

les arbres sont des potences d'où nous pendons morts

Nous regardons les pluies qui tombent sur le cœur

les pluies sont les larmes de tous les tués

Nous rions, rions

Nous scrutons nos visages nous riant au nez

et nous ne les reconnaissons pas même dans le futur

Nous rions, rions

Nous nous attablons au café

et voici que le café est une tombe

Nous buvons le verre de café, le café est du sang

Nous observons le serveur, c'est un tortionnaire

Nous regardons la cuiller plongée dans le verre

la cuiller est un micro

Nous rions, rions

jusqu'à te que la tête se détache du corps

que toutes nos dents tombent

nos mâchoires pourrissent

Nous rions, rions

jusqu'à ce que nos yeux déversent leur plein de larmes

que les larmes deviennent mer

que les vagues nous emportent vers le fond


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