L'Attente, Jules Verne
Poèmes

L'Attente

par Jules Verne

Je suis dans la douce attente ;
Au nocturne rendez-vous,
Je guette ma belle amante ;

La lune amoureuse argenté
Le gazon flexible et doux ;
Je suis dans la douce attente ;

L'ombre tiède et frémissante
Se prépare à point pour nous ;
Je guette ma belle amante ;

De sa beauté ravissante
Déjà je me sens jaloux ;
Je suis dans la douce attente ;

Il lui faudra quitter tante,
Père, mère, sœur, époux !
Je guette ma belle amante ;

Bien couverte de sa mante,
Elle doit les tromper tous ;
Je suis dans la douce attente ;

Dans ce bosquet d'amarante,
Il ne faut pas de verrous !
Je guette ma belle amante ;

Elle arrive diligente !...
Je la contemple à genoux !
Dans une bien douce attente
J'ai guetté ma belle amante !

Ma douce amante, pourquoi,
Alors que je me réveille,
Ta bouche pure et vermeille
Que tu viens pencher vers moi,
Se clôt-elle à mon oreille ?

Serait-ce pas un baiser ?
Quelquefois je le suppose,
Que de tes lèvres de rose
Tu voudrais sur moi poser
Secrètement et pour cause ?

Ou plutôt à mon chevet,
Retenant ta fraîche haleine,
Crains-tu que je ne surprenne
Dans ton coeur quelque secret
Qu'il me dérobe avec peine ?

Mais pour guérir ta douleur,
Car ta souffrance me touche
Quand l'ombre ceint ma couche,
Dépose l'un dans mon cœur,
Pose l'autre sur ma bouche !



Poème publié et mis à jour le: 12 juillet 2017

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