L'Amour Platonique, Michel Deguy
Poèmes

L'Amour Platonique

par Michel Deguy

Amour

Un jour la diastole exagérée de l'idée la prive du sensible. Et, comme le respect de la femme et le courage de soutenir l'abstinence de l'idée — l'amour même de
son retrait — croissent ensemble, on parle « d'amour platonique ». Mais sa chasteté exténue l'idée occitanienne, et le goût du fugace recroît avec un
bruit de source. Soudain se dévergonde un don-juanisme du singulier ; favorisé par le discrédit de l'impérissable, le barbare s'acclimate en un monde sombre où la
mortalité augmente avec la singularité : c'est le précaire maintenant qui est le plus valide. Las ! Dans le renversement l'Idée est toujours là ; brisée, ses
miettes enfouies dans le sensible y scintillent et les facettes multipliées capturent plus d'alouettes — La femme ne serait-elle plus que chair ? pas même — mais
l'Idée de la chair.

C'est le temps de la rencontre avec l'idée de la femme charnelle. De l'étreinte fugitive — tout

est devenu fugitif — jaillira, comme d'une orange fraîche dans la nuit, l'idée d'un culte de l'éphémère. L'éternité trouve logement, dans
l'instant.

Le dire a beau idolâtrer le vif, l'idée s'interpose entre la déception et l'être. L'ombre dérobe la proie de plus belle. Finalement, nous sommes moins notre corps
qu'autrefois — plutôt ailleurs. Nous faisons moins corps. Il en résulte que nous acceptons moins de périr ; le regard, le pur regard, supporte mal cet échec : le
viscère.



Poème publié et mis à jour le: 12 juillet 2017

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