Poèmes

La Nuit, Cette Demeure

par Ida Vitale

La nuit, cette demeure
où l’homme se trouve
et il est seul,
sur le point de mourir et de se mettre
à marcher par d’autres airs.

Le monde va perdre des nuages, des chevaux,
il vacille,
s’étonne,
se défait,
tombe comme aux bords du désir
mais déjà à l’écart du miracle.
L’espoir lentement
revêt sa peau d’oubli.
Je ne vois pas au-delà
d’un nom que j’ai appelé
lettre à baiser à caresse
à rose ouverte à vol aveugle à larmes.

Et comme tout est dépossédé,
tout d’un pied juste
afin de toucher la terre obscure,
le ciel devenu creux sans voix
et sans rivages,
je ne suis plus déjà la pauvre,
évaluée entre des airs mortels, mélancoliques,
corps aveuglé de lumière ou simple larme.

Ce que cette mer, cette ombre croissante
perd peu à peu
vient se sauver en moi,
nuage toujours,
cheval bleu,
ciel éternel.

Extrait de: 
2016, Ni plus Ni Moins, (Seuil)



Poème publié et mis à jour le: 11 aot 2019

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