Poèmes

La Mort D'emma

par Gustave Flaubert

Éperdu, balbutiant, près de tomber,
Charles tournait dans la chambre.
Il se heurtait aux meubles, s'arrachait les cheveux, et jamais le pharmacien n'avait cru qu'il pût y avoir de si épouvantable spectacle...

Puis, revenu près d'elle, il s'affaissa par terre sur le tapis, et il restait la tête appuyée contre le bord de sa couche à sangloter.


Ne pleure pas ! lui dit-elle.
Bientôt je ne te tourmenterai plus !


Pourquoi ?
Qui t'a forcée ?

Elle répliqua : —
Il le fallait, mon ami. —
N'étais-tu pas heureuse ?
Est-ce ma faute ?
J'ai fait tout ce que j'ai pu pourtant !


Oui..., c'est vrai..., tu es bon, toi !

Et elle lui passait la main dans les cheveux, lentement.
La douceur de cette sensation surchargeait sa tristesse ; il sentait tout son être s'écrouler de désespoir à l'idée qu'il fallait la perdre, quand, au contraire, elle
avouait pour lui plus d'amour que jamais ; et il ne pouvait rien ; il ne savait pas, il n'osait, l'urgence d'une résolution immédiate achevait de le bouleverser.
Elle en avait fini, songeait-elle, avec toutes les trahisons, les bassesses et les innombrables convoitises qui la torturaient.
Elle ne haïssait personne, maintenant ; une confusion de crépuscule s'abattait en sa pensée, et de tous les bruits de la terre,
Emma n'entendait plus que l'intermittente lamentation de ce pauvre cœur, douce et indistincte, comme le dernier écho d'une symphonie qui s'éloigne.


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