Poèmes

La Lionne et L'Ourse

par Jean de la Fontaine

Jean de La Fontaine

Mère
Lionne avoit perdu son fan :
Un chasseur l'avoit pris-
La pauvre infortunée

Poussoit un tel rugissement
Que toute la forêt étoit importunée.

La nuit ni son obscurité,

Son silence et ses autres charmes.
De la reine des bois n'arrètoit les vacarmes :

L'Ourse enfin lui dit : «
Ma commère.
Un mot sans plus : tous les enfants
Qui sont passés entre vos dents
N'avoient-ils ni père ni mère?


Ils en avoient. —
S'il est ainsi,

Et qu'aucun de leur mort n'ait nos têtes rompues.
Si tant de mères se sont tues,
Que ne vous taisez-vous aussi?


Moi, me taire! moi, malheureuse?
Ah! j'ai perdu mon fils!
Il me faudra traîner

Une vieillesse douloureuse!


Dites-moi, qui vous force à vous y condamner?


Hélas! c'est le
Destin qui me hait. »
Ces paroles
Ont été de tout temps en la bouche de tous.

Misérables humains, ceci s'adresse à vous.
Je n'entends résonner que des plaintes frivoles.
Quiconque, en pareil cas, se croit haï des
Cieux,
Qu'il considère
Hécube, il rendra grâce aux
Dieux.


Que Pensez-Vous de ce Poème?

Lettre d'Informations

Abonnez-vous à notre lettre d'information mensuelle pour être tenu au courant de l'actualité de Poemes.co chaque début de mois.

Retour au Top