Poèmes

La Defaite

par Michel Deguy

Bulletins de conquête du progrès, goût de cendre ; la victoire de l'homme ne fait qu'un avec la crue de sa guerre civile. Jusqu'aux jeux qui travaillent à frustrer la
défaite de sa place.

Pourtant quelle autre assise de fraternité que celle quand recru de fatigue autour du feu pâle de la halte chacun a dépouillé la ruse et l'avantage, le projet d'abattre et
de surpasser : chant de l'instant alors, comme un captif qui s'évade dans la pure minute de sa fuite est libre.

Pour accueillir un hôte, ne convient-il pas de sortir juste assez de chez soi pour que nous soyons alors tous les deux comme chez un troisième ? Il faut laisser place au
Troisième.

Les cris de victoire sonnent, une mort, victoires séparatrices, qu'aucun pardon ne peut suivre qui annulerait l'avantage.

Qu'avons-nous fait de l'humble — de l'humus. Le lavement des pieds est devenu symbolique. Et l'ascèse rongée d'orgueil invente un misérable effort de s'abaisser, l'ultime
« victoire morale » de servir avec des grincements d'âme à grand-peine les pauvres.

Si l'aimable c'est le blé qui sait renaître, le pommier ployé, le pain, l'amour n'a plus où se poser, car la saison ne revient plus.



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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