L'hêautontimorouménos, Charles Baudelaire
Poèmes

L'hêautontimorouménos

par Charles Baudelaire

Je te frapperai sans colère

Et sans haine, comme un boucher,

Comme
Moïse le rocher!

Et je ferai de ta paupière,

Pour abreuver mon
Saharah,
Jaillir les eaux de la souffrance.
Mon désir gonflé d'espérance
Sur tes pleurs salés nagera

Comme un vaisseau qui prend le large,
Et dans mon cœur qu'ils soûleront
Tes chers sanglots retentiront
Comme un tambour qui bat la charge!

Ne suis-je pas un faux accord
Dans la- divine symphonie,
Grâce à la vorace ironie
Qui me secoue et qui me mord?

Elle est dans ma voix. la criarde !
C'est tout mon sang, ce poison noir!
Je suis le sinistre miroir
Où la mégère se regarde !

Je suis la plaie et le couteau !
Je suis le soufflet et la joue!
Je suis les membres et la roue,
Et la victime et le bourreau !

Je suis de mon cœur le vampire,
Un de ces grands abandonnés
Au rire éternel condamnés,
Et qui ne peuvent plus sourire! ;



Poème publié et mis à jour le: 13 novembre 2012

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