Je N'ai Donc Pu Rêver, Raymond Queneau
Poèmes

Je N'ai Donc Pu Rêver

par Raymond Queneau

Je n'ai donc pu rêver que de fausses manœuvres, vaisseau que des hasards menaient de port en port, de havre en havre et de la naissance à la mort, sans connaître le fret
ignorant de leur œuvre.

Marins et passagers et navire qui tangue

et ce je qui débute ont même expression,

une charte-partie ou la démolition,

mais sur ce pont se livrent des combats exsangues.

Voici : le capitaine a regardé les nuages qui démolissaient l'horizon, il descend dans la cale où déjà du naufrage se profile l'inclinaison.

Voici : les rats se sauvent et plus d'un prisonnier trouve sa délivrance. La coquille a viré pour courir d'autres chances, et voici : l'on innove.

Que disent les marins ? ils grimpent aux cordages en sacrant comme des loups, ils ont passé la ligne affublés en sauvages, voulant encor faire les fous.

Voici : ce navire entre dans d'autres eaux,

d'autres mers où les orages

n'ont pas détruit le balisage,

et voici : les marins ont fermé leurs couteaux.

Voici : ce ne sont plus vers de faux rivages

que nous appareillons.

La vie est un songe, dit-on,

mais deux c'est trop pour mon âge.



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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