Poèmes

Intimes

par Paul Eluard

Paul Eluard

Tu glisses dans le lit

De lait glacé tes sœurs les fleurs

Et tes frères les fruits

Par le détour de leurs saisons

A l'aiguille irisée

Au flanc qui se répète

Tes mains tes yeux et tes cheveux

S'ouvrent aux croissances nouvelles

Perpétuelles

Espère espère espère
Que tu vas te sourire
Pour la première fois

Espère

Que tu vas te sourire

A jamais

Sans songer à mourir.

A toutes brides toi dont le fantôme
Piaffe la nuit sur un violon
Viens régner àuns les bois

Les verges de l'ouragan
Cherchent leur chemin par chez toi
Tu n'es pas de celles
Dont on invente les désirs

Tes soifs sont plus contradictoires
Que des noyées

Quel soleil dans la glace qui fait fondre un œuf
Quelle aubaine insensée le printemps tout de suite.

Figure de force brûlante et farouche
Cheveux noirs où l'or coule vers le sud

Aux nuits corrompues
Or englouti étoile impure
Dans un lit jamais partagé

Aux veines des tempes

Comme aux bouts des seins

La vie se refuse

Les yeux nul ne peut les crever

Boire leur éclat ni leurs larmes

Le sang au-dessus d'eux triomphe pour lui seul

Intraitable démesurée

Inutile

Cette santé bâdt une prison.

Je n'ai envie que de t'aimer
Un orage emplit la vallée
Un poisson la rivière

Je t'ai faite à la taille de ma solitude

Le monde entier pour se cacher

Des jours des nuits pour se comprendre

Pour ne plus rien voir dans tes yeux
Que ce que je pense de toi
Et d'un monde à ton image

Et des jours et des nuits réglé par tes paupières.


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