In Memoriam, Léopold Sédar Senghor
Poèmes

In Memoriam

par Léopold Sédar Senghor

C'est
Dimanche.

J'ai peur de la foule de mes semblables au visage de pierre.
De ma tour de verre qu'habitent les migraines, les
Ancêtres impatients

Je contemple toits et collines dans la brume
Dans la paix — les cheminées sont graves et nues.
A leurs pieds dorment mes morts, tous mes rêves faits poussière

Tous mes rêves, le sang gratuit répandu le long des rues,

mêlé au sang des boucheries.
Et maintenant, de cet observatoire comme de banlieue
Je contemple mes rêves distraits le long des rues, couchés

au pied des collines
Comme les conducteurs de ma race sur les rives de la

Gambie et du
Saloum
De la
Seine maintenant, au pied des collines.
Laissez-moi penser à mes morts !

C'était hier la
Toussaint, l'anniversaire solennel du
Soleil
Et nul souvenir dans aucun cimetière.

Ô
Morts, qui avez toujours refusé de mourir, qui avez su résister à la
Mort

Jusqu'en
Sine jusqu'en
Seine, et dans mes veines fragiles.

mon sang irréductible
Protégez mes rêves comme vous avez fait vos fils, les

migrateurs aux jambes minces.

I.
Ancien royaume du
Sénégal.

ô
Morts ! défendez les toits de
Paris dans la brume dominicale

Les toits qui protègent mes morts.

Que de ma tour dangereusement sûre, je descende dans la rue

Avec mes frères aux yeux bleus

Aux mains dures.



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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