Poèmes

Il Parle Encore

par Paul Verlaine

Paul Verlaine

Ni pardon ni répit, dit le monde.
Plus de place au sénat du loisir !
On rend grâce et justice au désir
Qui te prend d'une paix si profonde.
Et l'on eût fait trêve avec plaisir,
Mais la guerre est jalouse : il faut vivre
Ou mourir du combat qui t'enivre.

Aussi bien tes vœux sont absolus

Quand notre art est un mol équilibre.

Nous donnons un sens large au mot : libre,

Et ton sens va :
Vite ou jamais plus.

Ta prière est un ordre qui vibre ;

Alors nous, indolents conseillers.

Que te dire, excepté :
Cherche ailleurs?

Et je vois l'Orgueil et la
Luxure
Parmi la réponse : tel un cor
Dans l'éclat fané d'un vil décor,
Prêtant sa rage à la flûte impure.
Quel décor connu, mais triste encor !
C'est la ville où se caille et se lie
Ce passé qu'on boit jusqu'à la lie,

C'est
Paris banal, maussade et blanc,
Qu chantonne une ariette vieille
En cuvant sa « noce » de la veille
Comme un invalide sur un banc.
La luxure me dit à l'oreille :
Bonhomme, on vous a déjà donné.
Et l'Orgueil se tait comme un damné.

Ô
Jésus, vous voyez que la porte
Est fermée au
Devoir qui frappait,
Et que l'on s'écarte à mon aspect.
Je n'ai plus qu'à prier pour la morte.
Mais l'agneau, bénissez qui le paît !
Que le thym soit doux à sa bouchette !
Que le loup respecte la houlette !

Et puis, bon pasteur, paissez mon cœur ' :
Il est seul désormais sur la terre,
Et l'horreur de rester solitaire
Le distrait en l'étrange langueur
D'un espoir qui ne veut pas se taire,
Et l'appelle aux prés qu'il ne faut pas.
Donnez-lui de n'aller qu'en vos pas.



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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