Hésitation, Jules Verne
Poèmes

Hésitation

par Jules Verne

Celle que j'aime a de grands yeux

Sous de brunes prunelles ;
Celle que j'aime sous les deux

Est la belle des belles.
Elle dore, embellit mes jours,

Oh ! si j'étais à même,
Mon
Dieu, je voudrais voir toujours

Celle que j'aime.

Celle que j'aime est douce à voir,

Il est doux de l'entendre ;
Sa vue au cœur fixe l'espoir

Que sa voix fait comprendre.
Son amour sera-t-il pour moi,

Pour moi seul, pour moi-même ?
Si j'aime, c'est que je la vois

Celle que j'aime.

Auprès d'elle, hélas ! je ressens

Une émotion douce ;
Absente, vers elle en mes sens

Quelque chose me pousse.
Pour moi dans le fond de son cœur

S'il en était de même ?
Aurait-elle un regard trompeur,

Celle que j'aime ?

Celle que j'aime, hélas ! hélas !

A son tour m'aime-t-elle ?
Je ne sais ; je ne lui dis pas

Que son œil étincelle.
Est-ce pour moi qu'il brille ainsi ?

Félicité suprême !...
Ailleurs l'enflamme-t-elle aussi,

Celle que j'aime ?

Si trompant ma naïveté

Par son hypocrisie,
Elle se sert de sa beauté

Pour me briser ma vie !
Son cœur peut-il être si noir ?
Oh ! non ; c'est un blasphème !
Un blasphème !... il ne faut que voir

Celle que j'aime.

Non, non, amour, amour à nous

Car en te faisant femme,
Dieu, je lui rends grâce à genoux,

Te donna de mon âme.
Accours ! je m'attache à tes pas

Dans mon ardeur extrême...
Peut-être, elle ne m'aime pas,

Celle que j'aime.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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