Gares Abandonnées, Jean Orizet
Poèmes

Gares Abandonnées

par Jean Orizet

Grandes gares abandonnées, à Manchester, à Liver-pool. Guichets aveuglés par trois planches sous la nef grise des verrières.

Voir, entre brique et fer, se faufiler chats craintifs ou voyageurs amnésiques, tous clochards de la fuite immobile. Une rumeur à relents de charbon flotte encore, propagée par
les courants d'air — crissements de la colle durcie sous les affiches lacérées.

Sur les quais, le regard tangue, se fige et rouillerait vite avec les rails, s'il ne se détournait à l'instant vers le compagnon nostalgique. Pour que le départ ait lieu,
retrouver dans sa mémoire les sifflets des Pacific répondant aux sirènes des paquebots de la Cunard.

Estuaire de la Mersey. Ici, les mouettes remplacent les chats et souillent la statue équestre du roi Edouard VII, bronze, embruns, déjections mêlés sur la courbure du
bicorne.

Crevettes frites pour déjeuner, arrosées d'une pinte de bitter: amertume au goût du jour.

Devant le front de mer, sous la pluie, l'Atlantique attend.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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