Forêt, Jules Supervielle
Poèmes

Forêt

par Jules Supervielle

Dix
Indiens sont autour de moi
Qui fument mes derniers cigares,
Et je suis en diagonale
Traversé par les longs regards
De leurs yeux noirs passant le noir
A force de reconnaissance.

Autour du cercle des
Indiens
Je vois rôder un petit chien
Aveugle, aux yeux bleus de faïence
En pâte tendre, largement
Ouverts comme pour une offrande
Depuis qu'un cobra le piqua.

Soudain, reniflant et courant
Contre nos pieds, contre nos jambes,
Le chien flaire ses yeux d'antan
Dans l'herbe épaisse et sous les plantes,
Gratte la terre et monte aux arbres
Comme ferait un chien savant.

Et dans la nuit qui tombe blette
Les dix
Indiens fument en rond,
Le vieux
Chef perd une allumette,
Et, la cherchant dans le gazon,
Fait flamber toutes les restantes
Mais ne trouve pas la manquante.

Le chien aveugle tourne en rond
Pour se tracer un horizon.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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