Feintes Nécessaires, Jean Tardieu
Poèmes

Feintes Nécessaires

par Jean Tardieu

Jean Tardieu

J'appuie et creuse en pensant aux ombres, je passe et rêve en pensant au roc :

Fidèle au bord des eaux volages j'aime oublier sur un sol éternel.

Je suis changeant sous les fixes étoiles mais sous les jours multiples je suis un.

Ce que je tiens me vient de la flamme, ce qui me fuit se fait pierre et silence.

Je dors pour endormir le jour.
Je veille la nuit, comme un feu sous la cendre...

Ma différence est ma nécessité!

Qui que tu sois, terre ou ciel, je m'oppose,

car je pourchasse un ennemi rebelle ruse pour ruse et feinte pour feinte !

Ô châtiment de tant de combats,

Ô seul abîme ouvert à ma prudence :

Vais-je mourir sans avoir tué l'Autre
Qui règne et se tait dans ses profondeurs?



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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