Poèmes

Face a la Nuit

par Alain Veinstein

(extraits)

Il y a, au-dessus, terreur, mais aujourd'hui je peux marcher : bien travaillé, aplani les jours et les coups, je me souviens, la voix de l'autre côté :
Tu n'as rien vu et terreur, encore, a frappé, mais les cris, ce jour, se sont éloignés et, là-bas, comme elle se resserre, elle voit, et,

là-bas, comme elle se resserre, je marche, elle crie, je marche dans l'écho, jusqu'au bout de sa parole.

Il est perdu mais, par bonheur, l'enfant au loin tout au jeu de la perte, tout au jeu de la disparition, l'enfant tout au jeu du retour.
Fin de journée :
Tu reviendras ?
Il faut rentrer maintenant, nous nous accrochons à la nuit, sur ce papier, enfant, je ne te vois pas —

pour te toucher il ne suffit pas de tendre le bras...
Nous ignorons comment nous défaire de la nuit.
Je voudrais te prendre dans mes bras comme autrefois.
Tu me serres, tu t'agrippes, tu ne me lâches plus la

main.
Je te raconte des histoires d'enfant perdu, dévoré par la

nuit.
Mais ce n'est qu'un jeu depuis longtemps déjà...
Perdu sur ce papier je suis ton enfant.

Tout près de toi. À combler la distance.

Une vie d'efforts

soustraite à l'éclat du jour.

Depuis combien de temps n'ai-je vu le jour

qu'à travers une phrase d'autrefois?

Aujourd'hui comme hier l'air que je respire

est fomenté dans la nuit.

Je suis cet homme dehors, tout à la nuit,

confiant dans la force de ses bras,

en danger de ne travailler jamais

que l'étendue sans fin de la terre

où il n'y a âme qui vive.

Pas même un tout petit enfant

privé de la parole...

Pas de jeu ici...
Tout déchiré...
Main arrêtée à l'instant même...
Main abandonnée, doigts ouverts...
C'est l'heure noire de la nuit...
J'ai saccagé à coups de pelle ce côté que la menace a envahi...

Tout saccagé, craché, vomi...

Je ne sais plus à quelle histoire rattacher ces mots,

les mots de la passion, les mots du désastre...

Je suis seul...
Combien de mots nous séparent?

De combien de mots me suis-je éloigné ?

Plus assez de mots maintenant

pour dire ce que vaut la main d'un homme

incapable de déchirer le monde où meurt un enfant,

le visage tourné vers le mur...

Il y a, au-dessus, terreur, j'écoute —

c'est tout mon travail — mais

je peux crier cette nuit,

récrire la scène de la mort.

Bien travaillé en bas, bien

aplani les jours, la terreur.

Il n'y a plus d'histoire,

c'est à peine si je me souviens —

cette voix de l'autre côté :

Tu n 'as rien vu, au-dessus, rien vu,

et là-haut, comme elle se resserre, elle voit,

elle marche, je crie, elle voit —

mais comme le pas se rapproche,

voici que le blanc progresse,

s'installe sous la porte.

Je ne suis plus à ma main,

les cris restent en suspens,

ma dernière phrase s'efface

dans la ligne du jour.



Poème publié et mis à jour le: 13 novembre 2012

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