Combat de Mer, Jean Orizet
Poèmes

Combat de Mer

par Jean Orizet

Douce respiration de mer, vivifiant, par souffle d'écume, le peuple des galets que tempête exila.
Entre plaine sablonneuse et citadelles de roc, veillaient leurs sentinelles.
Une horde d'étoiles diurnes — pouvoir absolu sur la baie — attaque, en plein midi, ce peuple.
Sous la puissance des rayons, les galets, fondus pierres précieuses, perdent, et pour longtemps, l'amitié du sable ou du sel.

Campé à flanc de colline, le village fortifié dit le lieu de la terre et son
Uen ténu avec l'eau.
La brume est descendue ; il faut apaiser les vagues d'où naîtront barques blanches éployant leurs filets.
Passage des mouettes retenant leur vol, pour suivre l'instinct qui les pousse aux étages des crêtes.
La chute adoucie du soleil fait surgir un décor lavande, en ultime barrage à l' engloutissement.

Colonies de rochers sous-marins en quête d'une transparence, hérissée, par les oursins, de fascines à ne pas franchir.
Torturés, quelques tourbillons tergiversent sur le choix possible d'un camp, avant de s'abîmer en eux-mêmes dans la propice cavité qu'ils avaient élue pour abri.

Orphelin émancipé des coques, le bois flottant met à la cape, abandonnant son territoire aux appétits des cormorans.

Entre les balises et la côte, remodelant chaque matin, vient le vent qui souffle de terre.
Nuage nucléaire vite désamorcé, il contrait la mer à
F oubli, s'improvisant ami des remparts d'ocre, avant de lancer devant soi ses gazelles au bleu si vibrant qu'une étrave les pulvérise.

Trop de sel dispersé, trop d'iode en folie feront pencher le sort de la bataille, et le siège échouera, ses assaillants gobés par la blancheur têtue des focs.
L'algue à la tempe translucide avec le roseau migrant seront embrasés sur la plage, signaux d'un vent déjà vaincu.
L'eau devient trouble dans la passe, les voiles jaillissent du sac.
Voici que la tempête étiole et renie ses alliés.
Confiance retrouvée des mouettes en la surface.
Nul éclat ne mouillera leur cri.

Écoutez s'épanouir le grand rire solaire, et dire, à qui veut le comprendre, au moment où il va sombrer: la mort ne peut être en chemin tant que le fanal du
pêcheur excite une étoile à sa poupe.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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