Coiffer le Plat, César Moro
Poèmes

Coiffer le Plat

par César Moro

Rien

Ni l'absence couleur de rouille

Lumineuse l'été

Haute mer bleue l'hiver

Rêvée à tâtons la nuit pareille à des jetons d'amiante

Aux pôles d'un éventail fumeux

Aux carrefours d'une cité lacustre

Sur pilotis de corne

Au train qui déraille tard le soir dans les marais salants

Au littoral sous l'avalanche

Rien

Ni l'ombre menaçante qui me suit

Ni le silence panoramas de sable

Ni les poignards de pierre de la soif

Ni les tigres rugissant le sang

Ni les lions éventrés ni les aveugles sodomites

Ni les bornes arrachées couchées dans la mousse

Ni la maison hantée jadis

Ni les églises désaffectées

Ni les cadavres marchant en plein soleil

Ni cette guerre de cent ans

Aux bordels remplis de lianes et de papier mâché

Tandis qu'on jette sur la nuit de grands seaux d'eau

Rien te dis-je

Ni hier ni plus tard

Quand tu gravissais mon corps jusqu'à ma tête

En triturant les os d'ultimes batailles

Aux crépuscules de nouveaux matins

Apprivoisés

À boitiller de l'aile gauche

Celle du cœur

Roulée aux vagues d'un songe immortel de madrépore

D'épongé glaciale sur la face

D'ivresse d'orfraie d'orphelin néfaste

De nigromant d'abus de pouvoir

D'illogisme de charbon blanchi

De fuite éperdue dans l'orage

À crier gare

À demander grâce

Mais rien...

Même l'oubli

Claquemuré meurtri

Entre les dents

Pour toujours de ton absence

Ô cimérien plafond



Poème publié et mis à jour le: 13 novembre 2012

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