Poèmes

Bribes

par Charles Baudelaire

Charles Baudelaire

Anges habillés d'or, de pourpre et d'hyacinthe.
Le génie et l'amour sont des
Devoirs faciles.

J'ai pétri de la boue et j'en ai fait de l'or.

Il portait dans ses yeux la force de son cœur.

Dans
Paris son désert vivant sans feu ni lieu,
Aussi fort qu'une bête, aussi libre qu'un
Dieu.

Son regard n'était pas nonchalant, ni timide,
Mais exhalait plutôt quelque chose d'avide,
Et, comme sa narine, exprimait les émois
Des artistes devant les œuvres de leurs doigts.

Ta jeunesse sera plus féconde en orages
Que cette canicule aux yeux pleins de lueurs
Qui sur nos fronts pâlis tord ses bras en sueurs,
Et soufflant dans la nuit ses haleines fiévreuses,
Rend de leurs frêles
Corps les filles amoureuses.
Et les fait au miroir, stérile volupté,
Contempler les fruits mûrs de leur virginité.

Mais je vois à cet œil tout chargé de
Tempêtes
Que ton
Cœur n'est pas fait pour les paisibles fêtes,
Et que cette beauté, sombre comme le fer,
Est de celles que forge et que polit l'Enfer
Pour accomplir un jour d'effroyables luxures
Et contrisler le cœur des humbles créatures.

Affaissant sous son poids un énorme oreiller,
Un beau corps était là, doux à voir sommeiller,
Et son sommeil orné d'un sourire superbe

L'ornière de son dos par le désir hanté.

L'air était imprégné d'une amoureuse rage;
Les insectes volaient à la lampe et nul vent
Ne faisait tressaillir le rideau ni l'auvent.
C'était une nuit chaude, un vrai bain de jouvence.

Grand ange qui portez sur votre fier visage
La noirceur de l'Enfer d'où vous êtes monté;
Dompteur féroce et doux qui m'avez mis en cage
Pour servir de spectacle à votre cruauté.

Cauchemar de mes
Nuits,
Sirène sans corsage,
Qui me tirez, toujours debout à mon côté,
Par ma robe de saint ou ma barbe de sage
Pour m'offrir le poison d'un amour effronté:

DAMNATION

Le banc inextricable et dur,
La passe au col étroit, le maëlstrom vorace,
Agitent moins de sable et de varech impur

Que nos cœurs où pourtant tant de ciel se reflète;
Ils sont une jetée à l'air noble et massif,
Où le phare reluit, bienfaisante vedette,
Mais que mine en dessous le taret corrosif;

On peut les comparer encore à cette auberge,
Espoir des affamés, où cognent sur le tard,
Blessés, brisés, jurants, priant qu'on les héberge,
L'écolier, le prélat, la gouge et le soudard.

Ils ne reviendront pas dans les chambres infectes;
Guerre, science, amour, rien ne veut plus de nous.
L'âtre était froid, les lits et le vin pleins d'insectes;
Ces visiteurs, il faut les servir à genoux!



Poème publié et mis à jour le: 13 novembre 2012

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