Au Terme, Yves Di Manno
Poèmes

Au Terme

par Yves Di Manno

Pour la nuit Qui parla? dont l'ombre En s'étendant voilait un peu plus de l'étang

Où la voix seule pouvait se perdre — Renaissant au matin dans l'espoir de son chant

D'entre les branches étirées des hêtres Sur le tapis froissé de feuilles mortes

Piétinées par la horde des hommes Qui passèrent, à l'écart des villages

Et se partagèrent là le fruit de leur pillage Puis un à un se dispersèrent. Un seul

Etait resté, qui devait les chanter

(Ces guerres) n'ayant pu vivre un temps

De paix, bien éphémère, qu'en lisière d'une Autre frontière — sur la terre de celle

Qui vivait, naguère, au bord du lac Où lentement les barques

Muettes accostaient, lourdes

De leur récolte de bois vert. Adossé seul

Au tronc d'un arbre il songeait Aux pays depuis lors traversés

Aux champs de blé, et aux déserts

Au massacre des femmes l'hiver qu'on égorgeait

Aux enfants noirs pendus — à ces ventres ouverts D'où ruisselaient des vers — aux cols t

ranchés

Des animaux de trait — à toutes Ces récoltes, ces fermes incendiées

Fumées et brumes dans la mémoire du seul Matin qu'il aurait voulu taire, face

À la terre provisoire devant lui

Mais austère. Car quelque chose aussi

L'illuminait, dont il ne savait plus le nom Ni quel mystère le justifiait

Mais qui sous l'arbre brusquement Donnait sens à son histoire :

Un feu dans le feu d'hier soir L'épée dans sa main sans passé

Un homme encore derrière cet homme Éteignant la cendre au matin —

Pour le repos qui sait, simplement

En lui-même par-delà page et plaine

D'un chanteur, d'un guerrier



Poème publié et mis à jour le: 16 novembre 2012

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