Au Soir de la Chute, Dominique Pagnier
Poèmes

Au Soir de la Chute

par Dominique Pagnier

Le blanc soudain royal des vergers, les gagnages plus lumineux, les fermes enfin heureuses sous l'éclaircie d'avril filant à travers la campagne : le doigt d'un ange se
déplaçait sans trembler sur la carte de la terre et il montrait quelles puissances ne tiendraient pas sous le feu grégeois de l'ondée.

Mais qu'un seul être succombât à l'attrait d'une fille de plaine et le monde revenait au soir de la Chute, et aux saintes les plus bêtes était remise en guise de
conscience la chambre obscure de l'âme qui, renversant l'image du monde, leur donnait l'illusion de marcher dans le Ciel.

Debout dans la venelle sombre c'est au tour de la fille à soldats de voir le monde à l'envers : plus baisse le cours de sa chair en la transaction des hommes qui disent que c'est
encore trop cher, et moins elle se sent matérielle.

De la dernière parole d'une majesté saignée à blanc durant le sommeil de ses noces elle a fait sa devise : «Je ne suis plus rien. » Telle sentence que les princes
francs captifs en Arabie Heureuse, car leur rançon ne viendra plus, ont fait graver sur leur cuirasse noircie où tout crépuscule reflété donne à voir la ruine de
l'héliocentrisme.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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