À une Ville Morte, José-Maria de Heredia
Poèmes

À une Ville Morte

par José-Maria de Heredia

Morne
Ville, jadis reine des
Océans !
Aujourd'hui le requin poursuit en paix les scombres
Et le nuage errant allonge seul des ombres
Sur ta rade où roulaient les galions géants.

Depuis
Drake et l'assaut des
Anglais mécréants,
Tes murs désemparés croulent en noirs décombres
Et, comme un glorieux collier de perles sombres,
Des boulets de
Pointis montrent les trous béants.

Entre le ciel qui brûle et la mer qui moutonne,

Au somnolent soleil d'un midi monotone,

Tu songes, ô
Guerrière, aux vieux
Conquistadors ;

Et dans l'énervement des nuits chaudes et calmes,

Berçant ta gloire éteinte, ô
Cité, tu t'endors

Sous les palmiers, au long frémissement des palmes.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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