Poèmes

À M. de Saint-Lambert

par Voltaire

Voltaire

1736.

Mon esprit avec embarras
Poursuit des vérités arides ;
J'ai quitté les brillants appas
Des Muses, mes dieux et mes guides,
Pour l'astrolabe et le compas
Des Maupertuis et des Euclides.
Du vrai le pénible fatras
Détend les cordes de ma lyre ;
Vénus ne veut plus me sourire,
Les Grâces détournent leurs pas.
Ma muse, les yeux pleins de larmes,
Saint-Lambert, vole auprès de vous ;
Elle vous prodigue ses charmes :
Je lis vos vers, j'en suis jaloux.
Je voudrais en vain vous répondre ;
Son refus vient de me confondre :
Vous avez fixé ses amours,
Et vous les fixerez toujours.
Pour former un lien durable
Vous avez sans doute un secret ;
Je l'envisage avec regret,
Et ce secret, c'est d'être aimable.

Extrait de: 
Recueil : Épîtres, stances et odes



Poème publié et mis à jour le: 16 novembre 2012

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