Poèmes

À la Bastoche

par Aristide Bruant

Aristide Bruant

Il était né près du canal,
Par là... dans l’ quartier d’ l’Arsenal,
Sa maman, qu’avait pas d’ mari,
L’appelait son petit Henri...
Mais on l’appelait la Filoche,
À la Bastoche.

I’ n’ faisait pas sa société
Du géni’ de la liberté,
I’ n’était pas républicain,
Il était l’ami du Rouquin
Et le p’tit homme à la Méloche,
À la Bastoche.

À c’tte époqu’-là, c’était l’ bon temps :
La Méloche avait dix-huit ans,
Et la Filoche était rupin :
Il allait des fois, en sapin,
Il avait du jonc dans sa poche,
À la Bastoche.

Mais ça peut pas durer toujours,
Après la saison des amours
C’est la mistoufe et, ben souvent,
Faut s’ les caler avec du vent...
Filer la comète et la cloche
À la Bastoche.

Un soir qu’i’ n’avait pas mangé,
Qu’i’ rôdait comme un enragé ;
Il a, pour barboter l’ quibus
D’un conducteur des Omnibus,
Crevé la panse et la sacoche,
À la Bastoche.

Et sur la bascule à Charlot,
Il a payé sans dire un mot :
À la Roquette un beau matin,
Il a fait voir, à ceux d’ Pantin,
Comment savait mourir un broche
De la Bastoche !

Il était né près du canal,
Par là... dans l’ quartier d’ l’Arsenal,
Sa maman, qu’avait pas d’ mari,
L’appelait son petit Henri...
Mais on l’appelait la Filoche,
À la Bastoche.



Poème publié et mis à jour le: 24 juin 2019

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