Adieux au Monde

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par Gabriel-Charles de Lattaignant

J'aurai bientôt quatre-vingts ans :
Je crois qu'à cet âge il est temps

De dédaigner la vie.
Aussi je la perds sans regret.
Et je fais gaîment mon paquet ;

Bonsoir la compagnie !

J'ai goûté de tous les plaisirs ;
J'ai perdu jusques aux désirs ;

À présent je m'ennuie.
Lorsque l'on n'est plus bon à rien.
On se retire, et l'on fait bien ;

Bonsoir la compagnie !

Lorsque d'ici je partirai,
Je ne sais pas trop où j'irai ;

Mais en
Dieu je me fie :
Il ne peut me mener que bien ;
Aussi je n'appréhende rien :

Bonsoir la compagnie !

Dieu nous fit sans nous consulter,
Rien ne saurait lui résister ;

Ma carrière est remplie. À force de devenir vieux,
Peut-on se flatter d'être mieux ?

Bonsoir la compagnie !

Nul mortel n'est ressuscité,
Pour nous dire la vérité

Des biens d'une autre vie.
Une profonde obscurité
Est le sort de l'humanité ;

Bonsoir la compagnie!

Rien ne périt entièrement,

Et la mort n'est qu'un changement,

Dit la philosophie.
Que ce système est consolant !
Je chante, en adoptant ce plan ;

Bonsoir la compagnie !

Lorsque l'on prétend tout savoir,
Depuis le matin jusqu'au soir,

On lit, on étudie ;
On n'en devient pas plus savant ;
On n'en meurt pas moins ignorant ;

Bonsoir la compagnie !

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