À un Cheval - Sonnet

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par Alain Bosquet

Alain Bosquet

Je trahis le cheval en l'appelant « cheval » car il mérite un nom plus beau, comme « crinière » ou « paturon ».
Si je me tais, le temps d'un livre, je n'en suis que plus fourbe : un silence à brouter

vaut-il une herbe ?
Mon regard, qui le déforme, fait de lui, je ne sais de quel droit, un zébu, une antilope, une girafe au cou trop long, ce qui n'est pas flatteur.
Souvent par amitié

- ou est-ce par amour ? - j'imite son galop, et me voilà son frère, un bizarre poulain qui agite les bras et porte des lunettes.

Tout est malentendu désormais entre nous : je l'admire en rêvant qu'il se met à écrire, lui qui n'a que mépris pour un pauvre poète.

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